lundi 4 mars 2013

Maciste contre les hommes de pierre (version originale italienne)

Retour menu principal



  (Giacomo Gentilomo, 1964. Avec Alan Steel, Jany Clair, Hélène Chanel) / 84'
Voici bien longtemps, par une nuit de pleine lune, une énorme boule de feu apparut dans le ciel et s'écrasa sur la terre, bouleversant les provinces de l'Etat de Samar. Alors, des êtres étranges apparurent dans la montagne, exigeant du roi de Samar un holocauste de jeunes filles et jeunes hommes.
Tous les trois mois, quand vient la nuit du sacrifice, les jeunes gens sont traînés par les Gardes du Palais devant l'entrée de la caverne, d'où jaillit une lumière aveuglante, tandis que surgissent d'étranges Hommes de Pierre. Ces créatures gardent le corps inanimé de leur Reine Sélène qui ne pourra revivre que lorsqu'une enfant royale lui ressemblant sera sacrifiée.
Maciste est appelé à l'aide par son vieil ami Gladius, père de la belle Agar. Pour satisfaire le génie de la montagne, Samara, la reine de Samar, a l'intention de lui livrer sa propre demi-sœur, Billis. Son sang pur devrait permettre le réveil de Sélène, la reine endormie. Aidé par Agar et Darix, cousin de la reine et fiancé de Billis, Maciste parviendra-t-il à la sauver à temps, confronté aux terribles gardiens de la montagne, les Hommes de Pierre ?
Ne cherchez pas dans un atlas : vous ne trouverez pas de «Samar». Il y a bien une île de ce nom aux Philippines, connue des amateurs de films d'aventures depuis que George Montgomery lui consacra Samar, l'île des révoltés (1962), mais ça s'arrête-là. «Samar» est cependant un de ces noms magiques, qui font rêver... «Samarcande», porte de l'Orient, par exemple. Toutefois, nous orienterions notre exégèse plutôt vers la Bible, vers Samarie la païenne ! Samarie fut autrefois le royaume des Dix tribus d'Israël; déportées on ne sait où par le conquérant assyrien, elles furent remplacées par des colons venus du Pays d'entre les Deux Fleuves, adorateurs des cruelles divinités de l'Assyrie. Les Evangiles, en tout cas, nous présentent ces Samaritains comme des gens infréquentables. Agar, quant à elle, était le nom de l'esclave égyptienne d'Abraham, qui conçut pour lui Ismaël - dont descendent les Arabes -, avant que son épouse Sarah ne donne enfin à l'ancêtre des croyants, Isaac, l'aïeul des Hébreux. Mais à côté de ces noms accrochés-là par le scénariste (ç'aurait pu en être d'autres !), c'est surtout dans la mythologie kabbaliste que puisèrent les scénaristes : les «Hommes de Pierre» auxquels réfère le titre français (Maciste et les hommes de pierre), ces créatures sélénites ainsi que le rappelle le titre américain (Hercules against the Moon-Men), ont tout du golem, la créature minérale qu'au XVIe s. le rabbin Loew inventa pour protéger les Juifs du ghetto de Prague; si la créature d'argile n'était pas sévèrement surveillée, elle pouvait créer les pires catastrophes. Le golem n'eut qu'un succès limité à l'écran (adaptations du roman de Gustav Meyrinck en 1920 (Carl Boese & Paul Wegener) et 1936 (Julien Duvivier)) et en BD devint «la Chose» dans le comic's des «Four Invincibles». Au niveau du péplum italien, nous ne voyons guère que le Procuste d'Hercule contre les Vampires, cette créature stalagmitique installée aux portes de l'Hadès, qui distend ou raccourcit les membres des compagnons d'Hercule qu'elle a couchés sur un de ses lits. Et les présents Hommes de Pierre qu'affronte Maciste. D'aucuns ont vu dans Maciste contre les Hommes de Pierre une tentative par Giacomo Gentilomo de renouveler le succès de son fabuleux Maciste contre le Fantôme (1961), succès redevable pour beaucoup au talent d'assistants comme Sergio Corbucci, Alvaro Mancori, Duccio Tessari et Paolo Moffa. A l'époque de sa sortie, le film fut fort mal reçu, on reprocha à Gentilomo de s'être fait «aider» par son producteur Luigi Mondello, qui tourna nombre de scènes, mais Maciste contre les Hommes de Pierre (Maciste e la Regina di Samar) devait être redécouvert au début des années '80 grâce à son édition en vidéo. 
Il y a un intéressant travail sur les couleurs comme ces rouges et verts «à la Bava» qui éclairent le colloque entre Samara et Rodopesh (*) et, d'une manière générale, nimbent les abords de la Montagne de la Mort où, dans un paysage lunaire battu par des vents furieux, peine la sinistre colonne des jeunes gens enchaînés promis au sacrifice et, plus tard, le peuple révolté. Là s'ouvre le sas du vaisseau spatial de roche brute, qui laisse percer une lumière aveuglante. L'intérieur de l'aérolithe baigne dans une ambiance en noir et blanc. Là, au pied d'une idole représentant une femme à tête d'hippopotame, au sommet de crâne de laquelle palpite un cerveau non-humain (**), a été déposé le sarcophage de plexiglas de la Reine Sélène qui attend l'enfant royale Billis. Lorsque la Lune se rapprochera de la Terre, son sang versé la tirera de son long sommeil. Alors un cataclysme bouleversera la Terre (images de tempête marine, en noir et blanc avec filtre vert, et plans de lave empruntés, comme d'habitude, à Haroun Tazieff, providence des auteurs de péplums) et les Hommes de Pierre pourront enfin assujettir à leur règne notre planète...
Les jeunes gens livrés en tribut à la voracité des habitants de la Montagne de la Mort,... le combat de Maciste contre un monstre velu aux incroyables défenses de sanglier dans le labyrinthe de souterrains sous le palais... On aura reconnu, d'une manière générale, la trame de Thésée et le Minotaure, combinée avec celle de la Belle-au-Bois-Dormant... un peu vampire. Après Les Vampires de Freda, Le masque du Démon de Bava et Le moulin des supplices de Ferroni, le thème devenait difficile à renouveler; mais l'ambiance particulièrement glauque de cette nouvelle mouture nous ménage d'agréables moments.
Voilà un péplum fort classique, avec ses ingrédients obligés : bagarre à un contre trente, machine de torture qui va empaler le héros, philtre censé le soumettre à la volonté de la cruelle reine etc., le tout relevé par un zeste de science-fiction. L'action se place dans une civilisation imaginaire de facture vaguement gréco-romaine, Samar (dans Maciste contre le Fantôme, Salmanak était plutôt arabe). La musique, parfois tonitruante, de Carlo Franci soutient bien le propos, avec des passages à l'orgue électrique qui font penser à Carlo Rustichelli.
Michel ÉLOY :  http://www.peplums.info
x
(*) Qui rappellent irrésistiblement le couple Astra - Kobrak dans Maciste contre le Fantôme.
(**) On aura reconnu l'effigie de Touéris, la déesse égyptienne de la naissance.












Aucun commentaire:

Publier un commentaire