samedi 2 mars 2013

Salammbô

  Salammbô (Sergio Grieco. Avec Jacques Sernas, Jeanne Valérie, Edmund Purdom, Riccardo Garrone) / 93'
241-238 av. n.E. - Battue par Rome à la fin de la Première guerre punique, Carthage est à bout de force. En l'absence d'Hamilcar Barca, la métropole africaine est menacée par des hordes de mercenaires qui viennent exiger le prix de leurs services. C'est que depuis cinq ans ils n'ont plus touché leur solde; et les marchands avares qui forment le Conseil de la ville refusent de payer...
A Carthage, l'autorité suprême est partagée par trois hommes : l'ambitieux Narr Havas, le général Hannon qui naguère commanda les mercenaires en Sardaigne, et le grand-prêtre Kohanim. Avide et sournois, Narr Havas est - pour ne pas délier les cordons de sa bourse - disposé à déclencher une guerre contre les mercenaires conduits par leurs officiers respectifs dont le Gaulois Mathô (Jacques Sernas) et le Grec Spendius.

Les amours maudites de la prêtresse-vierge de Tanit, Salammbô, et d'un beau ruffian de mercenaire promis au dernier des supplices. Un péplum presque atypique - la musique légèrement ironique d'Alexandre Derevitsky (*), spécialement le «thème des mercenaires» ! -, tourné à Ilfrane (Maroc) avec le concours de cavaliers berbères dont les tenues traditionnelles rouge et blanc jurent quelque peu avec la quasi nudité des mercenaires révoltés (étoffes et fourrures noires). Aussi un curieux travail sur les costumes, bijoux etc. qui font vaguement «précolombiens». Une ziggourat mésopotamienne, un clin d'œil vers la Porte des Lionnes de Mycènes, le franco-lituanien Jacques Sernas dont la carrière internationale n'arrive pas à décoller depuis Hélène de Troie (R. Wise, 1955) où il incarnait le beau prince séducteur Pâris (au fait, dans l'Histoire comme dans le roman de Flaubert, Mathô était Libyen, pas Gaulois ! Oui, je sais, coproduction oblige...) et la toute belle protégée de Roger Vadim, Jeanne Valérie qui a fait un malheur dans Les liaisons dangereuses. Une étoile qui monte, mais qui va bien vite retomber, elle aussi...
  Mais surtout - enfer et damnation ! - il manque le fameux Chapitre XIII du roman. Celui qui s'intitule «Moloch» et qui était un des clous du classique Cabiria (1913) de Giovanni Pastrone. Le sacrifice des enfants à l'idole crématoire du dieu Moloch ! Oh le film de Grieco ne l'a pas vraiment oublié, mais il l'expédie en deux plans où l'on voit de grassouillettes jeunes filles pourchassées par les soldats sur fond de flammes ! A vrai dire, la version 1925 de Pierre Marodon - avec Jeanne de Balzac dans le rôle de Salammbô - n'avait guère été plus explicite, et le Scipion l'Africain (1937) de Gallone l'avait carrément niée. Pourtant, dans les années 50-60, les péplums bibliques américains s'en étaient fait des choux gras (L'Histoire de Ruth, Le fils prodigue et même Samson de Dalila où, du ventre opulent du dieu Dagon, s'échappaient des flammes totalement hors de propos si l'on s'en tient aux textes bibliques). C'était l'après-shoah, et ces images montrant les méfaits des voisins d'Israël n'étaient sans doute pas totalement innocentes.

Au juste, malgré la découverte à Tunis, en 1921, du fameux tophet Salammbô (un cimetière d'ossements d'enfant calcinés) le célèbre chapitre de Flaubert, basé sur une extrapolation de la Bible appelée à la rescousse d'historiens grecs à peine partials, a peu de chances de se vérifier.
En 1960, Spyros Skouras (patron de la 20th Century-Fox) envisagea de produire une Salammbô avec Harry Belafonte et Gina Lollobrigida, mais finit par y renoncer, s'étant engagé pour Cléopâtre.

(*) Qui, quelques mois plus tard, signera la B.O. de La vengeance d'Hercule.
Michel ÉLOY :  http://www.peplums.info
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