mardi 5 mars 2013

Les Horaces et les Curiaces

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Les Horaces et les Curiaces (Terence Young & Ferdinando Baldi, 1961. Avec Alan Ladd, Franco Fabrizi, Franca Bettoja, Jacques Sernas)
667 av. n.E. Sous le règne de Tullus Hostillius, quatre-vingt-cinq ans après sa fondation, l'orgueilleuse cité de Rome lutte contre Albe, sa rivale, sa métropole aussi. Lors d'un engagement guerrier, Horace - qui commande à la VIe légion - disparaît mystérieusement. En réalité il a été blessé et fait prisonnier. Mais déjà les siens le suspectent de traîtrise ou de lâcheté. Son frère cadet Marcus est, à sa place, choisi pour gendre par le roi qui lui donne sa fille Marcia.
Ayant réussi à s'évader, Horace affecte d'ignorer les accusations portées contre lui par ses ingrats compatriotes. Pourtant, son soutien serait bien utile à la Patrie, car les dieux ont décidé de mettre fin à cette guerre qui dure depuis sept ans, en départageant les deux camps par un duel à mort opposant les champions des Albains et ceux des Romains : les trois frères Curiaces et les trois Horaces. Les vainqueurs décideront de laquelle des deux villes aura autorité sur l'autre.

L'épisode tiré de Tite-Live est fameux : il a inspiré à David une toile célèbre et sa tragédie à Corneille. En nos oreilles résonnent encore la fameuse réplique de Caius Horatius (le père) à Julie : «Que vouliez-vous qu'il fît contre trois ? - Qu'il mourût, Ou qu'un beau désespoir alors le secourût», réplique le fier patricien (Act. III, sc. 6). Mais les potaches, c'est plus probable, se souviendront plutôt de la contrepèterie, non moins connue, des «Voraces» et des «Coriaces» !
Peut-être par fidélité aux sources, les scénaristes ont élagué l'imbroglio sentimental imaginé par le tragédien français : Sabine, l'épouse d'Horace-aîné est la sœur des Curiaces; et Camille, sœur des Horaces aime un des Curiaces, auquel elle a été autrefois promise («Rome à qui vient ton bras d'immoler mon amant»).
Reste que le film de Terence Young (le réalisateur des premiers James Bond, qui reviendra au péplum une douzaine d'années plus tard avec Les Amazones, tourné en Sardaigne) constitue un bel exemple d'une règle classique du scénario cinématographique : d'entrée de jeu le héros est connoté dans la particularité qui le caractérise et qu'il portera comme un fardeau tout au long du film, jusqu'au dénouement final. Ici, la lâcheté. Dans l'histoire, Publius Horatius n'est considéré comme lâche qu'au cours du duel qui le voit, indemne, fuir devant les trois Curiaces blessés, lesquels ont tué ses deux frères Marcus et Elius. Dans le film c'est dès le premier quart d'heure qu'il est, par erreur, considéré comme lâche suite au désastre de sa légion. On notera aussi la litote : dans la tragédie, Horace tuait de sa propre main sa sœur Camille amoureuse d'un Curiace; dans le film, Horatia, de chagrin, se suicide en se transperçant avec l'épée de son frère... On ne pouvait imaginer le preux cow-boy solitaire Alan Ladd trucidant sa sœur illico au nom d'une vague question d'honneur familial.
Las, dans les Golden Sixties les Romains - depuis longtemps, déjà - n'étaient plus que l'ombre de ce qu'ils avaient été !
Michel ÉLOY :  http://www.peplums.info
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