mardi 5 mars 2013

Les Horaces et les Curiaces

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Les Horaces et les Curiaces (Terence Young & Ferdinando Baldi, 1961. Avec Alan Ladd, Franco Fabrizi, Franca Bettoja, Jacques Sernas)
667 av. n.E. Sous le règne de Tullus Hostillius, quatre-vingt-cinq ans après sa fondation, l'orgueilleuse cité de Rome lutte contre Albe, sa rivale, sa métropole aussi. Lors d'un engagement guerrier, Horace - qui commande à la VIe légion - disparaît mystérieusement. En réalité il a été blessé et fait prisonnier. Mais déjà les siens le suspectent de traîtrise ou de lâcheté. Son frère cadet Marcus est, à sa place, choisi pour gendre par le roi qui lui donne sa fille Marcia.
Ayant réussi à s'évader, Horace affecte d'ignorer les accusations portées contre lui par ses ingrats compatriotes. Pourtant, son soutien serait bien utile à la Patrie, car les dieux ont décidé de mettre fin à cette guerre qui dure depuis sept ans, en départageant les deux camps par un duel à mort opposant les champions des Albains et ceux des Romains : les trois frères Curiaces et les trois Horaces. Les vainqueurs décideront de laquelle des deux villes aura autorité sur l'autre.

L'épisode tiré de Tite-Live est fameux : il a inspiré à David une toile célèbre et sa tragédie à Corneille. En nos oreilles résonnent encore la fameuse réplique de Caius Horatius (le père) à Julie : «Que vouliez-vous qu'il fît contre trois ? - Qu'il mourût, Ou qu'un beau désespoir alors le secourût», réplique le fier patricien (Act. III, sc. 6). Mais les potaches, c'est plus probable, se souviendront plutôt de la contrepèterie, non moins connue, des «Voraces» et des «Coriaces» !
Peut-être par fidélité aux sources, les scénaristes ont élagué l'imbroglio sentimental imaginé par le tragédien français : Sabine, l'épouse d'Horace-aîné est la sœur des Curiaces; et Camille, sœur des Horaces aime un des Curiaces, auquel elle a été autrefois promise («Rome à qui vient ton bras d'immoler mon amant»).
Reste que le film de Terence Young (le réalisateur des premiers James Bond, qui reviendra au péplum une douzaine d'années plus tard avec Les Amazones, tourné en Sardaigne) constitue un bel exemple d'une règle classique du scénario cinématographique : d'entrée de jeu le héros est connoté dans la particularité qui le caractérise et qu'il portera comme un fardeau tout au long du film, jusqu'au dénouement final. Ici, la lâcheté. Dans l'histoire, Publius Horatius n'est considéré comme lâche qu'au cours du duel qui le voit, indemne, fuir devant les trois Curiaces blessés, lesquels ont tué ses deux frères Marcus et Elius. Dans le film c'est dès le premier quart d'heure qu'il est, par erreur, considéré comme lâche suite au désastre de sa légion. On notera aussi la litote : dans la tragédie, Horace tuait de sa propre main sa sœur Camille amoureuse d'un Curiace; dans le film, Horatia, de chagrin, se suicide en se transperçant avec l'épée de son frère... On ne pouvait imaginer le preux cow-boy solitaire Alan Ladd trucidant sa sœur illico au nom d'une vague question d'honneur familial.
Las, dans les Golden Sixties les Romains - depuis longtemps, déjà - n'étaient plus que l'ombre de ce qu'ils avaient été !
Michel ÉLOY :  http://www.peplums.info
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lundi 4 mars 2013

Maciste contre les hommes de pierre (version originale italienne)

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  (Giacomo Gentilomo, 1964. Avec Alan Steel, Jany Clair, Hélène Chanel) / 84'
Voici bien longtemps, par une nuit de pleine lune, une énorme boule de feu apparut dans le ciel et s'écrasa sur la terre, bouleversant les provinces de l'Etat de Samar. Alors, des êtres étranges apparurent dans la montagne, exigeant du roi de Samar un holocauste de jeunes filles et jeunes hommes.
Tous les trois mois, quand vient la nuit du sacrifice, les jeunes gens sont traînés par les Gardes du Palais devant l'entrée de la caverne, d'où jaillit une lumière aveuglante, tandis que surgissent d'étranges Hommes de Pierre. Ces créatures gardent le corps inanimé de leur Reine Sélène qui ne pourra revivre que lorsqu'une enfant royale lui ressemblant sera sacrifiée.
Maciste est appelé à l'aide par son vieil ami Gladius, père de la belle Agar. Pour satisfaire le génie de la montagne, Samara, la reine de Samar, a l'intention de lui livrer sa propre demi-sœur, Billis. Son sang pur devrait permettre le réveil de Sélène, la reine endormie. Aidé par Agar et Darix, cousin de la reine et fiancé de Billis, Maciste parviendra-t-il à la sauver à temps, confronté aux terribles gardiens de la montagne, les Hommes de Pierre ?
Ne cherchez pas dans un atlas : vous ne trouverez pas de «Samar». Il y a bien une île de ce nom aux Philippines, connue des amateurs de films d'aventures depuis que George Montgomery lui consacra Samar, l'île des révoltés (1962), mais ça s'arrête-là. «Samar» est cependant un de ces noms magiques, qui font rêver... «Samarcande», porte de l'Orient, par exemple. Toutefois, nous orienterions notre exégèse plutôt vers la Bible, vers Samarie la païenne ! Samarie fut autrefois le royaume des Dix tribus d'Israël; déportées on ne sait où par le conquérant assyrien, elles furent remplacées par des colons venus du Pays d'entre les Deux Fleuves, adorateurs des cruelles divinités de l'Assyrie. Les Evangiles, en tout cas, nous présentent ces Samaritains comme des gens infréquentables. Agar, quant à elle, était le nom de l'esclave égyptienne d'Abraham, qui conçut pour lui Ismaël - dont descendent les Arabes -, avant que son épouse Sarah ne donne enfin à l'ancêtre des croyants, Isaac, l'aïeul des Hébreux. Mais à côté de ces noms accrochés-là par le scénariste (ç'aurait pu en être d'autres !), c'est surtout dans la mythologie kabbaliste que puisèrent les scénaristes : les «Hommes de Pierre» auxquels réfère le titre français (Maciste et les hommes de pierre), ces créatures sélénites ainsi que le rappelle le titre américain (Hercules against the Moon-Men), ont tout du golem, la créature minérale qu'au XVIe s. le rabbin Loew inventa pour protéger les Juifs du ghetto de Prague; si la créature d'argile n'était pas sévèrement surveillée, elle pouvait créer les pires catastrophes. Le golem n'eut qu'un succès limité à l'écran (adaptations du roman de Gustav Meyrinck en 1920 (Carl Boese & Paul Wegener) et 1936 (Julien Duvivier)) et en BD devint «la Chose» dans le comic's des «Four Invincibles». Au niveau du péplum italien, nous ne voyons guère que le Procuste d'Hercule contre les Vampires, cette créature stalagmitique installée aux portes de l'Hadès, qui distend ou raccourcit les membres des compagnons d'Hercule qu'elle a couchés sur un de ses lits. Et les présents Hommes de Pierre qu'affronte Maciste. D'aucuns ont vu dans Maciste contre les Hommes de Pierre une tentative par Giacomo Gentilomo de renouveler le succès de son fabuleux Maciste contre le Fantôme (1961), succès redevable pour beaucoup au talent d'assistants comme Sergio Corbucci, Alvaro Mancori, Duccio Tessari et Paolo Moffa. A l'époque de sa sortie, le film fut fort mal reçu, on reprocha à Gentilomo de s'être fait «aider» par son producteur Luigi Mondello, qui tourna nombre de scènes, mais Maciste contre les Hommes de Pierre (Maciste e la Regina di Samar) devait être redécouvert au début des années '80 grâce à son édition en vidéo. 
Il y a un intéressant travail sur les couleurs comme ces rouges et verts «à la Bava» qui éclairent le colloque entre Samara et Rodopesh (*) et, d'une manière générale, nimbent les abords de la Montagne de la Mort où, dans un paysage lunaire battu par des vents furieux, peine la sinistre colonne des jeunes gens enchaînés promis au sacrifice et, plus tard, le peuple révolté. Là s'ouvre le sas du vaisseau spatial de roche brute, qui laisse percer une lumière aveuglante. L'intérieur de l'aérolithe baigne dans une ambiance en noir et blanc. Là, au pied d'une idole représentant une femme à tête d'hippopotame, au sommet de crâne de laquelle palpite un cerveau non-humain (**), a été déposé le sarcophage de plexiglas de la Reine Sélène qui attend l'enfant royale Billis. Lorsque la Lune se rapprochera de la Terre, son sang versé la tirera de son long sommeil. Alors un cataclysme bouleversera la Terre (images de tempête marine, en noir et blanc avec filtre vert, et plans de lave empruntés, comme d'habitude, à Haroun Tazieff, providence des auteurs de péplums) et les Hommes de Pierre pourront enfin assujettir à leur règne notre planète...
Les jeunes gens livrés en tribut à la voracité des habitants de la Montagne de la Mort,... le combat de Maciste contre un monstre velu aux incroyables défenses de sanglier dans le labyrinthe de souterrains sous le palais... On aura reconnu, d'une manière générale, la trame de Thésée et le Minotaure, combinée avec celle de la Belle-au-Bois-Dormant... un peu vampire. Après Les Vampires de Freda, Le masque du Démon de Bava et Le moulin des supplices de Ferroni, le thème devenait difficile à renouveler; mais l'ambiance particulièrement glauque de cette nouvelle mouture nous ménage d'agréables moments.
Voilà un péplum fort classique, avec ses ingrédients obligés : bagarre à un contre trente, machine de torture qui va empaler le héros, philtre censé le soumettre à la volonté de la cruelle reine etc., le tout relevé par un zeste de science-fiction. L'action se place dans une civilisation imaginaire de facture vaguement gréco-romaine, Samar (dans Maciste contre le Fantôme, Salmanak était plutôt arabe). La musique, parfois tonitruante, de Carlo Franci soutient bien le propos, avec des passages à l'orgue électrique qui font penser à Carlo Rustichelli.
Michel ÉLOY :  http://www.peplums.info
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(*) Qui rappellent irrésistiblement le couple Astra - Kobrak dans Maciste contre le Fantôme.
(**) On aura reconnu l'effigie de Touéris, la déesse égyptienne de la naissance.












samedi 2 mars 2013

Salammbô

  Salammbô (Sergio Grieco. Avec Jacques Sernas, Jeanne Valérie, Edmund Purdom, Riccardo Garrone) / 93'
241-238 av. n.E. - Battue par Rome à la fin de la Première guerre punique, Carthage est à bout de force. En l'absence d'Hamilcar Barca, la métropole africaine est menacée par des hordes de mercenaires qui viennent exiger le prix de leurs services. C'est que depuis cinq ans ils n'ont plus touché leur solde; et les marchands avares qui forment le Conseil de la ville refusent de payer...
A Carthage, l'autorité suprême est partagée par trois hommes : l'ambitieux Narr Havas, le général Hannon qui naguère commanda les mercenaires en Sardaigne, et le grand-prêtre Kohanim. Avide et sournois, Narr Havas est - pour ne pas délier les cordons de sa bourse - disposé à déclencher une guerre contre les mercenaires conduits par leurs officiers respectifs dont le Gaulois Mathô (Jacques Sernas) et le Grec Spendius.

Les amours maudites de la prêtresse-vierge de Tanit, Salammbô, et d'un beau ruffian de mercenaire promis au dernier des supplices. Un péplum presque atypique - la musique légèrement ironique d'Alexandre Derevitsky (*), spécialement le «thème des mercenaires» ! -, tourné à Ilfrane (Maroc) avec le concours de cavaliers berbères dont les tenues traditionnelles rouge et blanc jurent quelque peu avec la quasi nudité des mercenaires révoltés (étoffes et fourrures noires). Aussi un curieux travail sur les costumes, bijoux etc. qui font vaguement «précolombiens». Une ziggourat mésopotamienne, un clin d'œil vers la Porte des Lionnes de Mycènes, le franco-lituanien Jacques Sernas dont la carrière internationale n'arrive pas à décoller depuis Hélène de Troie (R. Wise, 1955) où il incarnait le beau prince séducteur Pâris (au fait, dans l'Histoire comme dans le roman de Flaubert, Mathô était Libyen, pas Gaulois ! Oui, je sais, coproduction oblige...) et la toute belle protégée de Roger Vadim, Jeanne Valérie qui a fait un malheur dans Les liaisons dangereuses. Une étoile qui monte, mais qui va bien vite retomber, elle aussi...
  Mais surtout - enfer et damnation ! - il manque le fameux Chapitre XIII du roman. Celui qui s'intitule «Moloch» et qui était un des clous du classique Cabiria (1913) de Giovanni Pastrone. Le sacrifice des enfants à l'idole crématoire du dieu Moloch ! Oh le film de Grieco ne l'a pas vraiment oublié, mais il l'expédie en deux plans où l'on voit de grassouillettes jeunes filles pourchassées par les soldats sur fond de flammes ! A vrai dire, la version 1925 de Pierre Marodon - avec Jeanne de Balzac dans le rôle de Salammbô - n'avait guère été plus explicite, et le Scipion l'Africain (1937) de Gallone l'avait carrément niée. Pourtant, dans les années 50-60, les péplums bibliques américains s'en étaient fait des choux gras (L'Histoire de Ruth, Le fils prodigue et même Samson de Dalila où, du ventre opulent du dieu Dagon, s'échappaient des flammes totalement hors de propos si l'on s'en tient aux textes bibliques). C'était l'après-shoah, et ces images montrant les méfaits des voisins d'Israël n'étaient sans doute pas totalement innocentes.

Au juste, malgré la découverte à Tunis, en 1921, du fameux tophet Salammbô (un cimetière d'ossements d'enfant calcinés) le célèbre chapitre de Flaubert, basé sur une extrapolation de la Bible appelée à la rescousse d'historiens grecs à peine partials, a peu de chances de se vérifier.
En 1960, Spyros Skouras (patron de la 20th Century-Fox) envisagea de produire une Salammbô avec Harry Belafonte et Gina Lollobrigida, mais finit par y renoncer, s'étant engagé pour Cléopâtre.

(*) Qui, quelques mois plus tard, signera la B.O. de La vengeance d'Hercule.
Michel ÉLOY :  http://www.peplums.info
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Hercule et la reine de Lydie

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 Hercule et la reine de Lydie (Pietro Francisci, 1958. Avec Steve Reeves, Sylva Koscina, Sylvia Lopez, Gabriele Antonini) / 92' Le navire Argo débarque Hercule, sa jeune épouse Iole et Ulysse sur les côtes de l'Attique. Le Fils de Zeus rentre à Thèbes, sa patrie. Chemin faisant, il doit lutter contre le géant Antée, Fils de la Terre. A Colone, entrée des Enfers, il propose son arbitrage au conflit opposant les fils d'Œdipe, venus consulter l'ombre de leur père. Les deux frères, qui se disputent le trône de Thèbes, ont convenu de règner alternativement un an chacun. Mais son terme échu, Etéocle refuse de s'effacer devant Polynice, qui a amené une armée de mercenaires argiens conduits par Amphiaraos.
Hercule convainc Etéocle de respecter l'accord conclu. Mais alors qu'il porte sa réponse à Polynice, le héros est drogué et kidnappé par les envoyés d'Omphale reine de Lydie, qui parcourent le monde à la recherche de beaux spécimens mâles pour apaiser la fureur génésique de leur reine. Ulysse, qui se fait passer pour le serviteur muet du héros, réussira-t-il à arracher son ami à l'emprise de la cruelle reine, et à empêcher la guerre qui se prépare sous les murs de Thèbes ?

Pietro Francisci a réussi l'exploit - rare à l'écran - de nous donner une séquelle surpassant la première mouture (Les Travaux d'Hercule). Il est vrai que le réalisateur barre résolument dans le fantastique, télescopant le personnage mythologique d'Omphale («Nombril», en grec) - auquel le héros fut obligé de se soumettre comme esclave en punition d'un de ses nombreux méfaits, dont le film se garde bien de nous parler -, avec celui de la cruelle reine de l'Atlantide Antinéa, l'héroïne de Pierre Benoit (qui reviendra sous son nom dans Hercule à la conquête de l'Atlantide). Comme Antinéa, Omphale collectionne ses anciens amants, que des embaumeurs égyptiens ont statufiés dans des attitudes avantageuses.

 
Revisitant la patrie des rois Midas et Crésus, le décorateur nous campe une Lydie imaginaire avec ses statues égyptiennes, ses danseuses indiennes, son capitaine au casque de gladiateur répondant au prénom de Sandone (un des surnoms d'Héraklès en Cilicie), et sa reine-mante religieuse costumée de paillettes comme pour une revue de music-hall ! Stupéfiante et roucoulante Sylva Lopez (à la ville, épouse du compositeur Francis Lopez), dont la rouge crinière évoque celle que les Grecs prêtaient à la déesse de l'amour, Aphrodite ! On la retrouvera, presque dans le même costume, dans Le Roi Cruel (Hérode le Grand) incarnant Mariamne, la reine asmonéenne.
Belles performances également du duo Mimmo Palmara (Polynice) et Sergio Fantoni (Etéocle), les frères déments qui s'entre-tueront («Réjouis-toi, Peuple de Thèbes... c'est... ton roi qui est... vainqueur !», proclame Polynice avant d'à son tour rendre l'âme), ainsi que du champion de boxe italien Primo Carnera (Mighty Joe Young, La Couronne de Fer, etc.), dans le rôle d'Antée. Le scénario télescope la tragédie de Sophocle Œdipe à Colone, celle d'Eschyle Les sept contre Thèbes et le mythe d'Omphale. On tiendra pour curieux d'avoir donné pour capitaine des «Sept» Amphiaraos (Anfirao, en italien), qui était le sage devin argien opposé à cette guerre, mais contraint d'y suivre son roi - au lieu d'Adraste, le roi, beau-père de Polynice. Le pauvre Ennio de Concini avait dû forcer sur la grappa, ce jour-là !
Michel ÉLOY :  http://www.peplums.info
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Les Travaux d'Hercule

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Les Travaux d'Hercule (Pietro Francisci, IT - 1957. Avec Steve Reeves, Sylva Koscina, Primo Carnera, Mimmo Palmara) / 97'
 Hercule a été invité par le roi de Thessalie pour parfaire l'éducation de son fils, Iphitos. Mais le roi Pélias est, en réalité, un usurpateur qui a fait assassiner son frère Eson, le roi légitime. Ce jour-là Chiron, un officier fidèle, disparut mystérieusement en emmenant le jeune prince Jason et la Toison d'Or, emblème de la puissance royale. Iole, la fille de Pélias, ne tarde pas à tomber amoureuse du Fils de Zeus, mais sa sympathie est loin d'être partagée par l'arrogant Iphitos, son frère. Hercule ne peut empêcher Iphitos de se faire tuer par le Lion de Némée.
En punition, Pélias envoie le héros tuer le Taureau de Crète. Hercule le retrouve au moment précis où le bison furieux encorne son vieil ami Chiron, qui se cachait-là avec Jason. Hercule apprend de sa bouche la vérité sur les crimes de Pélias. Il décide de restaurer le jeune prince sur son trône en l'aidant, avec les Argonautes, à reconquérir la fameuse Toison d'Or, sans laquelle un roi de Thessalie ne peut régner. La première escale de leur voyage est dans l'île de Lemnos, où vivent les Amazones de la reine Antéa...

En dépit de ces chipotages et d'autres (le re-centrement de l'intrigue est inévitable au cinéma !), I Fatiche di Ercole n'en restera pas moins une réussite, qui permettra aux Etats-Unis, d'ordinaire frileux, une spectaculaire percée du cinéma italien, et, en France - porté à bout de bras par les jeunes critiques macmahoniens qui découvrent Freda et Cottafavi -, une véritable révolution culturelle !
 Si toutefois nombre d'amateurs inclineront à préférer, sans doute à cause du glissement de celui-ci du mythologique vers le fantastique, le second volet de la saga concoctée par Pietro Francisci, Hercule et la Reine de Lydie, Les Travaux d'Hercule resteront dans les mémoires comme le premier «muscle opera», projetant ainsi au firmament des stars populaires le body builder américain Steve Reeves 
figure éminemment noble et sympathique, en attendant l'arrivée à Cinecittà de Mark Forest, Reg Park, Kirk Morris et autres Dan Vadis appelés à la rescousse. Ce sera également le premier péplum franco-italien tourné en Dyaliscope pour la Lux Film (1) (deux ans plus tôt, les mêmes producteurs avaient tourné encore en format standard, Ulysse (2), avec Kirk Douglas).
(1) I Fatiche di Ercole est une coproduction O.S.C.A.R. Film et Galatea, mais distribuée par la Lux.
(2) Les décors créés par Flavio Mogherini pour Ulysse resserviront du reste pour Les Travaux d'Hercule.
Michel ÉLOY :  http://www.peplums.info 
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Le Colosse de Rhodes

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Le Colosse de Rhodes (Sergio Leone, IT - 1960. Avec Rory Calhoun, Georges Marchal, Lea Massari) / 122' VF - 140'
En visite à Rhodes chez son cousin Lysippe, le général athénien Darius assiste à l'inauguration d'une statue colossale haute de quelque cent vingt mètres (1), à l'effigie du dieu soleil protecteur de l'île. La Septième merveille du Monde (2). C'est, en réalité, une machine de guerre destinée à protéger le port de Rhodes, alors la plus grande puissance maritime de la Méditerranée orientale, contre une attaque de ses ennemis, les Phéniciens. Le crâne s'ouvre, démasquant de puissantes catapultes, tandis que les mains déversent du plomb en fusion sur les trirèmes qui tentent de se faufiler entre ses jambes apostées de part et d'autre du goulet d'entrée.

Mais la révolte gronde parmi le peuple, lassé de la tyrannie de Xerxès (il ne s'agit pas du Grand Roi de Perse, mais du despote local, que certains synopsis nomment d'ailleurs Thérion ou Thar), tandis que dans l'ombre des traîtres s'apprêtent à livrer l'île aux Phéniciens, qu'ils ont introduits dans le Colosse...


Mille ans d'histoire rhodienne sont synthétisés dans ce film que Sergio Leone voulut iconoclaste, au grand désespoir de ses producteurs ! Les fresques minoennes y côtoient le chef d'œuvre de la statuaire hellénistique, œuvre de Charès de Lindos, tandis que la rivalité des Achéens et des Phéniciens nous renvoie aux poèmes d'Homère (au temps du Colosse, Rhodes était l'arbitre qui faisait la différence entre les deux grandes puissances, la Macédoine antigonide et l'Egypte ptolémaïque). Le Colosse historique n'enjambait probablement pas l'entrée du port et sa hauteur ne devait pas excéder les 30 mètres. Il avait été construit avec les matériaux récupérés du matériel de siège abandonné par Démétrios le Poliorcète, qui avait vainement assiégé la ville en 305. Rhodes avait été défendue par un précurseur d'Archimède, l'ingénieur Diognète, et il semble que la grande hélépole (tour de siège) qui devait prendre la ville servit d'échafaudage aux constructeurs du Colosse. De là à faire de lui la machine de guerre elle-même, il n'y avait qu'un pas, que Leone franchit avec allégresse. La construction du Colosse dura douze ans; il fut inauguré en -280 et fut jeté bas 56 ans plus tard par un tremblement de terre (en -224).
Michel ÉLOY :  http://www.peplums.info
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vendredi 1 mars 2013

Théodora, impératrice de Byzance (version originale italienne)

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Théodora Impératrice de Byzance - Teodora imperatrice di Bisanzio, Riccardo Freda (1954)
     Au VIe siècle, l’ancienne danseuse Théodora a épousé l’empereur de Byzance Justinien et est devenue impératrice. Elle s’oppose à l’aristocratie et aux généraux, hostiles aux réformes qu’elle inspire à Justinien.
En dépit d'éléments fantaisistes destinés à donner du piquant au récit, une évocation dans l'ensemble assez fidèle de la vie de l'impératrice Théodora. La première partie du film, pleine de panache est celle qui se permet le plus de liberté et avec une pluie de rebondissement très "serial". On assiste à l'ascension irrésistible de Théodora, fille du peuple née d'un dresseur d'ours qui se joue de tous les obstacles pour accéder au trône. Gianna Maria Canale, superstar du péplum italien dans ces années-là (elle a déjà collaboré avec Freda dans l'introuvable  Spartacus de 1953 avec Massimo Girotti )
trouve de très loin son meilleur rôle. Arrogante, hautaine, séductrice et d'une intelligence supérieure, c'est une vraie transposition de la femme fatale dans l'univers du péplum où personne ne résiste à son charme : un geôlier la libère après qu'elle lui ait lancé un regard de braise, des cages remplies de lions impassibles (scène assez incroyable les acteurs côtoyant vraiment les fauves sans trucages ni doublure) l'empereur Justinien lui même tour à tour perturbé, agacé puis sous le charme (ce qui est historique : il était sous l'influence de son épouse, c'est elle qui dirigeait l'Empire).
Le personnage acquiert aussi une dimension d'emblème du peuple au sein de la cour, ce qui se manifeste dans un premier temps par une jubilatoire course de char opposant annuellement les nobles au peuple, le vainqueur du peuple étant roi pour un jour en cas de succès. La scène est palpitante à souhait et remarquablement filmée par Freda avec un grand moment lorsque Théodora surgit au milieu de la course et révélant son identité féminine à la stupeur de tous pour gagner triomphalement.
La deuxième partie est plus classique. On assiste aux intrigues de palais des nobles s'opposant à Théodora laquelle poussait son mari à être plus clément envers le peuple. La religion chrétienne toute puissante en prend pour son grade avec des dirigeants prétorien corrompus et inquisiteurs. La galerie de méchant est d'ailleurs assez riche avec en tête l'excellent et fourbe Henri Guisol  dans le rôle de Jean de Cappadoce. En dépit d'un soucis de narration vers la fin : (L'empereur Justinien joué par George Marchal est trop versatile : il reprend et répudie sa femme 5 fois en 20 minutes !) le final est  spectaculaire avec une grande bataille superbement filmée.

Visuellement c'est un des plus beaux films de Freda qui approche le faste hollywoodien avec des couleurs flamboyantes, des décor luxueux et imposants, les quelques scènes plus fauchées mais sauvées par le savoir faire du réalisateur : le lâcher de fauve final où l'on distingue à peine la différence des vraies bêtes avec les fausses. Une belle réussite du péplum italien qui devait cependant réellement exploser quelques années plus tard avec le premier Hercule de Pietro Francisi dont on reparlera bientôt...
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